Les Cuenot Célébres

 

François Cuenot sculpteur Ingénieur

 

° 1618 Le Bélieu    -     1686 Chambéry

 

Fils de Guillaume CUENOT (on prononce Cunot), il naquit à Bélieu en Franche-Comté et travailla dès 1636 dans le Doubs. Vers 1639, chassé de sa patrie par la Guerre de Trente-Ans, il cherche sans succès du travail en Gruyère Fribourgeoise. En mars 1641, des démêlés avec la confrèrie de Saint-Luc de Fribourg au sujet de la réalisation d’un rétable pour l’église de Sales lui font quitter les lieux pour le Pays de Vaud. Il oeuvre dès lors dans l’orbite de l’abbaye de Saint-Maurice-d’Agaune et y rencontre des savoyards influents. Ce sera la fin de son statut d’itinérant. D’abord installé à ANNECY, où il conservera un atelier de sculpture, il est appelé en 1645 à CHAMBERY par ta Régente CHRISTINE DE FRANCE. Marié en premières noces à Anne Guillet, il se remaria en 1671 à Guiltemine Musard, en eut neuf enfants, cinq garçons et quatre filles, sept nés à Annecy et deux à Chambéry. Auteur d’un Traité d’Architecture qui fera date, le très classique Cuenot puise ses sources chez VITRUVE, PALLADIO et VIGNOLE, mais n’apprécie ni LE BERNIN, ni BORROMINI, et encore moins son rival à Turin, le grand GUARINO GUARINI. Ils sont tous contemporains d’ABRAHAM BOSSE, dont les modèles de retables furent suivis jusqu’en 1751, quand parurent les “Nouveaux dessins d’autels à la Romaine” de JEAN LE PAULTRE. Les modèles de Cuenot, ses études de proportions, son épure de colonne torse, donnent à penser qu’il inspira des plans d’églises, bien que l’on n’en connaisse aucun signé de sa main. Une grande partie de ses oeuvres furent réalisées dans son atelier d’Annecy. En 1678, il marie sa fille Claudine au maître sculpteur et canonnier au Préside de Montmélian JOSEPH HERITIER, tandis que le 13 mai 1681 la Régente JEANNE-BAPTISTE accorde à son fils PIERRE-FRANCOIS CUENOT la survivance du PATRIMOINE BAROQUE RELIGIEUX EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE de son père comme architecte et sculpteur ducal. La même année, CHARLES-EMMANUEL H lui concède la Maison Blanche, rue Charansonnex à CHAMBERY, mais il conserve sa maison d’Annecy. Il devient membre de la confrérie chambérienne des archers de Saint-Sébastien, qui lui prête 500 florins pour acheter un pré à côté de sa vigne de Vimines “A la Vigentina”. Le 15 février 1683, il teste et fait l’inventaire de ses biens. Il est sépulturé le 31 décembre 1686 devant le maître-autel de Sainte-Claire-en-Ville à CHAMBERY, son oeuvre.

Il a oeuvré pour les édifices religieux, mais surtout comme ingénieur hydraulicien et constructeur de ponts. Il parle de réalisation d’églises dans la dédicace de son Livre, mais on ignore lesquelles.

Il commence par dessiner les “reliefs du portail” de la Sainte-Chapelle du château des Ducs à CHAMBERY en 1645, et l’année suivante la corniche et le retable du maître-autel de l’église Saint-Maurice d’ANNECY pour 300 ducatons, puis, en 1647 le maître-autel à colonnes de l’église de Sainte-Claire-en-Ville de CHAMBERY. En 1648 il travaille sur l’ancienne chartreuse de POMIER sur commande du gouverneur du Chablais. On lui commande le 9 juin 1655 le retable du Rosaire de BONNEVAL-SUR-ARC, qui doit être identique à celui de BESSANS, et, le 12 mars 1657, le maître-autel d’ORELLE pour 3000 florins. Toujours en 1657, on lui confie le maître-autel et le retable du Rosaire de VILLARGEREL, dont les plans sont de son compatriote NICOLAS DESCHAMPS. De 1657 à 1659, c’est le maître-autel de l’église de BEAUFORT-SUR DORON, exécuté dans son atelier d’ANNECY pour 3000 florins, et te maître-autel de LA-COTE-D’AIME (1200 florins). En 1659 il fait imprimer à ANNECY son LIVRE D’ARCHITECTURE dédié à SAR CHARLES-EMMANUEL II qui subventionne ses frais d’impression chez SINTON. Dans le même temps, il reprend ses ouvrages religieux: le retable de la Visitation d’ANNECY (contrat du 10 octobre 1659), le tabernacle et les statues du retable de l’église de GRANIER. Il continue en 1662 (prix-fait du 16 juin pour 1080 florins) avec le maître-autel vert et or de l’église de CHAMPAGNY-LE-BAS, actuellement placé dans le bas-côté sud après avoir été détrôné par le chef-d’oeuvre de IACOUES CLAIRANT. Il dessine la grande porte de la tribune et la tribune des orgues de la Sainte-Chapelle de CHAMBERY, réalisées par le menuisier MICHEL VEYRET. Ses derniers travaux connus sont le tabernacle du maître-autel du CHATEL (18 juin 1665 pour 425 florins), et le tabernacle, daté et signé, de l’église de Saint-Thomas des Esserts à ESSERTS-BLAY. En 1666, il avait dessiné le projet du buffet de l’orgue de la Sainte-Chapelle de CHAMBERY, pour 864 livres, ouvrage exécuté en 1673, mis en place en 1676, et dont l’orgue fut construit par ETIENNE SENOT.

CUENOT a aussi participé aux décors triomphaux du mariage de CHARLES-EMMANUEL II et de FRANCOISE D’ORLEANS en 1662-1663. Il a dirigé de nombreux travaux de viabilité, depuis les ponts de BROGNY en 1659, jusqu’au pont de MONTMELIAN, entre 1672 et 1684, date de la réception des travaux, à laquelle il n’assista pas, en passant par ceux du CHERAN, d’ETREMBIERES sur l’Arve, de la DENISE, ou de SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE. Il a participé aux travaux des routes du MONT-DU-CHAT et d’ANNECY et le duc de Savoie l’envoya en voyages d’études techniques au Frioul, à Innsbruck, à Nice et à Versailles où il visita les installations hydrauliques de Marly, dans les années 1661 à 1679. Il fut également directeur de l’exploitation des Salines de I’ARBONE, PONTAMAFREY et MOUTIERS.

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Le Saint martyr du Bélieu

Etienne Théodore Cuenot  le missionnaire

° 8 février 1802 Le Bélieu   +  14 novembre 1861

Il sera canonisé avec cent seize autres martyrs du Vietnam, le 19 juin 1988. Même s’il est de chez nous, du Bélieu, même s’il est encore proche de nous, puisqu’il est mort  en 1861, sa vie héroïque n’est pas assez connue de la plupart des Francs-Comtois.           

( livre de Jean Thiébaud)  

                                

C'est dans le village du haut-Doubs qu'il vint au monde le 8 février 1802. Ayant étudié au grand Séminaire de Besançon, il entre en 1823 dans l'une des maisons de la retraite Chrétienne, à Aix-en-Provence, pour y être ordonné prêtre le 24 septembre 1825. Après y avoir enseigné dix huit mois, il entre au séminaire des Missions Etrangères de Paris (MEP) le 23 juin 1827. Peut-être le départ d'Isidore Gagelin, natif lui aussi du Doubs, et parti pour le Vietnam en 1820 a-t-il eu quelque influence sur son choix. Toujours est-il qu'il embarque à son tour de Bordeaux le 27 janvier 1828, six mois plus tard, à destination de Macao.

Une foi solide et un goût marqué de l'aventure.

il le fallait pour entreprendre un voyage aussi long, plusieurs mois et quelles conditions, vers des destinations sans doute assez méconnues, même si les MEP entretenaient un contact assez régulier avec ses missionnaires présents dans les colonies d'alors. Elles s'appelaient Tonkin, Annam,ou Cochinchine, et constituaient ensemble le Vietnam d'aujourd'hui. C'est précisément en Cochinchine qu'il va donc arriver le 2 mai 1829, au petit séminaire de Lai-Thieu très exactement,à une vingtaine de kilomètres de l'actuelle Saïgon. Il faut se rappeler que la Cochinchine jouissait alors d'un calme relatif depuis l'édit de 1774, mais il n'en a pas toujours été ainsi,et il n'en sera pas toujours ainsi: en 1833, la persécution des chrétiens éclate à nouveau. Il se réfugie alors à Chantaboun, au Siam, la Thaïlande d'aujourd'hui, puis à Singapour ensuite, les prêtres européens étant devenus suspects à Bangkok également.

Sacré évêque de Metellopolis le 3 mai 1835, il repasse en Cochinchine, se dissimulant de son mieux dans les chrétientés les plus sur. Dans cette période de persécutions sanglantes ou évêques et missionnaires pouvaient disparaître rapidement, il devient vicaire de la mission de Cochinchine orientale jusqu'à sa mort.

en 1861, il se réfugie à Go-boi, chez une chrétienne; après être demeuré dans une étroite cachette pendant un jour et demi, sans nourriture, il se livre lui-même. C'était le 28 octobre . Il tombe alors gravement malade et succombe le 14 novembre 1861, vers minuit. Arrive alors l'ordre du roi Tu-duc de le décapiter, "pour avoir commis le crime de prêcher la religion chrétienne". Cet ordre n'est pas exécuté et il est enterré, sans cercueil, non loin de la citadelle. En 1862, Tu-duc prescrit de jeter à la mer les cadavres des catholiques morts en prison. Le corps de Mgr Cuenot est alors exhumé et jeté au fleuve prés du hameau de Phong; il n'a jamais pu être retrouvé, malgré les recherches des chrétiens.